Marque · Cheveux

Petrole Hahn : la marque en détail

Une lotion à base de pétrole lampant pour les cheveux : l'idée peut surprendre aujourd'hui, mais elle a fait le succès d'une marque française vieille de 140 ans. Voici son histoire vérifiée, entre un pharmacien suisse et un droguiste lyonnais.

En bref

Inventée en 1885 à Genève par le pharmacien Charles Hahn, la lotion est rachetée et commercialisée en France par le droguiste lyonnais François Vibert, qui dépose la marque en 1896. Après plusieurs changements de propriétaire (dont Procter & Gamble entre 1985 et 1998), Petrole Hahn appartient depuis 2023 au groupe français Naturopera.

Notre lecture de la marque

CritèreNotePourquoi
Ancienneté4,9/5140 ans d'existence, l'une des plus vieilles marques capillaires françaises
Ancrage patrimonial4,7/5Fabrication française, présence dans la culture populaire
Accessibilité prix4,6/5Entrée de gamme grande distribution
Stabilité de propriétaire2,5/5A changé de mains au moins 5 fois en un siècle

Deux hommes, deux pays, une même lotion

Charles Jean Guillaume Hahn, pharmacien-herboriste genevois, a l'idée en 1885 d'utiliser du pétrole comme lotion tonique pour le cuir chevelu — un mélange de pétrole lampant, huile de ricin, vaseline, alcool et huiles essentielles. Mais le vrai fondateur de la marque commerciale telle qu'elle existe en France est un autre homme : François Vibert, droguiste lyonnais, qui achète les droits d'exploitation en France en 1893 et dépose officiellement la marque "Pétrole Hahn" au tribunal de commerce le 24 juillet 1896.

Un produit culte de l'entre-deux-guerres

La lotion devient un produit culte de l'entre-deux-guerres grâce à d'importantes campagnes publicitaires, puis reste ancrée dans la culture populaire française pendant des décennies — la marque a même sponsorisé la bande dessinée "La Famille Cokalane" dans le Journal de Tintin en 1961.

Un siècle de changements de propriétaires

Peu de marques capillaires ont connu autant de rachats successifs. Vibert et ses successeurs gardent la marque jusqu'en 1978, avant sa vente au groupe pharmaceutique américain Richardson-Merrell, lui-même racheté par Procter & Gamble en 1985. P&G délocalise la production chez Boots au Royaume-Uni, puis à Blois en 1988. En 1998, P&G revend la marque à Eugène Perma, entreprise française basée à Reims, qui y relocalise la production en 2009. En décembre 2023, Naturopera rachète l'activité grande distribution d'Eugène Perma, avec Petrole Hahn comme marque prioritaire de son ambition de devenir leader des produits d'hygiène capillaire fabriqués en France.

Un point commun méconnu avec une concurrente

Fait peu connu : entre 1985 et 1998, Petrole Hahn a appartenu à Procter & Gamble — le même groupe qui possède aujourd'hui sa concurrente Herbal Essences (rachetée par P&G en 2001). Les deux marques n'ont donc jamais été dans le portefeuille P&G en même temps, P&G ayant revendu Petrole Hahn trois ans avant de racheter Herbal Essences, mais le fait que le même groupe ait possédé les deux à des époques différentes reste une curiosité peu connue du grand public.

Aujourd'hui, une marque recentrée sur les hommes

La marque se positionne aujourd'hui comme experte des cheveux (et du grooming) masculin, avec la signature "Les hommes changent, pas leurs cheveux". Sa gamme couvre les shampoings antipelliculaires, anti-chute, une ligne Énergie Océan au fenouil de mer, une gamme bio/vegan, et un produit 4-en-1 (cheveux, visage, corps, barbe) — environ 1,6 million de flacons de shampoing vendus chaque année. Ce recentrage sur le public masculin est une évolution marketing récente : la marque s'adressait historiquement à un public plus large, hommes, jeunes et femmes confondus dans les années 1960.

La lotion bleue, le produit signature encore en rayon

Impossible de parler de cette marque sans s'arrêter sur son flacon bleu, la Lotion Tonique. C'est l'héritière directe de l'invention d'origine, mais la formule d'aujourd'hui n'a plus grand-chose de la lotion au pétrole lampant des débuts : elle s'est modernisée. On l'applique directement sur le cuir chevelu, sans rinçage, comme une friction rafraîchissante. Sa version emblématique associe deux actifs mis en avant : l'azulène, un pigment qui ravive les cheveux blancs ou gris et neutralise leur tendance à jaunir, et la provitamine B5, censée fortifier la fibre depuis la racine. Le geste promet fraîcheur, brillance et un coup de propre express entre deux shampoings. C'est le produit patrimoine de la marque, celui qui la relie à ses cent quarante ans d'histoire tout en restant vendu aujourd'hui.

Les shampoings, rangés par besoin

Au-delà de la lotion, l'essentiel du catalogue repose sur des shampoings organisés autour d'un problème précis. Le tableau ci-dessous en donne la logique.

BesoinRéponse maisonIdée derrière
Pellicules et démangeaisonsLigne antipelliculaireApaiser et assainir le cuir chevelu
Cheveux qui tombentLigne anti-chute fortifianteRenforcer et retenir la fibre
Coup de tonusÉnergie Océan, au fenouil de merFraîcheur et vitalité marine
Recherche du naturelGamme bio et veganDes formules plus sobres
Gain de tempsShampoing quatre-en-unCheveux, visage, corps et barbe d'un coup

Une marque qui a choisi les hommes

Le repositionnement masculin n'est pas un hasard, c'est une stratégie. Sur un marché saturé de shampoings mixtes, s'adresser franchement aux hommes est un moyen de sortir du lot et de s'installer dans un rayon moins encombré. D'où la signature « Les hommes changent, pas leurs cheveux » et le recours à des figures du sport, notamment issues du rugby, pour incarner cette virilité tranquille. Le pari a un revers assumé : en se concentrant sur les hommes, la marque tourne le dos à une partie de son public d'autrefois, à l'époque où elle parlait aussi bien aux femmes qu'aux jeunes. C'est un choix d'identité clair, qui la rend reconnaissable au premier coup d'œil.

Ses forces et ses limites aujourd'hui

Ses points forts sautent aux yeux : un patrimoine que peu de concurrentes peuvent revendiquer, une fabrication ancrée en France, une identité masculine nette et ce produit-totem qu'est la lotion bleue. Ses faiblesses sont le miroir de son ancienneté : une image qui peut sembler datée aux plus jeunes acheteurs, des formules simples plutôt que pointues, et un périmètre volontairement resserré autour des hommes. Qui cherche des soins botaniques, une réparation premium ou des produits pensés pour cheveux longs et féminins regardera ailleurs. On la trouve avant tout dans les rayons de grande distribution, la lotion se dénichant aussi en parapharmacie. En clair : une valeur sûre pour un public précis, pas un couteau suisse pour toutes les têtes.

Face aux autres marques de grande surface

Dans les mêmes allées, elle croise des poids lourds au discours très différent. Là où Elseve, Fructis ou Ultra Doux parlent de brillance, de nutrition et de plaisir pour tous, elle avance sa propre carte : le soin du cheveu et du cuir chevelu des hommes, avec une tonalité presque « d'autrefois ». Ce n'est pas l'enseigne qui court après le dernier ingrédient à la mode, mais celle qui mise sur une recette éprouvée et un nom transmis de père en fils. Pour l'acheteur, l'arbitrage est limpide : on ne vient pas y chercher l'innovation tapageuse, mais un repère fiable et sans esbroufe.

Comment s'utilise la lotion tonique

Son mode d'emploi tient en trois gestes : on dépose la lotion sur le cuir chevelu, on masse du bout des doigts, puis on laisse sans rincer. Le produit sèche seul et laisse une sensation de fraîcheur immédiate. Employée avec régularité, elle sert autant à raviver l'éclat des cheveux blancs qu'à remettre de l'ordre dans une coiffure au saut du lit. C'est précisément ce format minute, qui évite le passage par la douche, qui explique sa longévité : un rituel express, presque un réflexe, souvent transmis d'une génération à la suivante.

D'où viennent ces informations

Les faits historiques viennent de sources indépendantes croisées, dont les Archives municipales de Lyon et la presse spécialisée. Beautye n'est pas affilié à Petrole Hahn et ne reçoit aucun produit gratuit de la marque — voir notre page méthode.

Questions fréquentes

Pourquoi Petrole Hahn utilise-t-elle du pétrole dans sa formule ?
L'idée vient du pharmacien-herboriste genevois Charles Hahn, qui invente en 1885 une lotion à base de pétrole lampant, huile de ricin, vaseline et huiles essentielles comme tonique pour le cuir chevelu.
Qui a créé la marque Petrole Hahn en France ?
François Vibert, droguiste lyonnais, qui achète les droits d'exploitation en France en 1893 et dépose officiellement la marque en 1896 — c'est lui le véritable fondateur de la marque commerciale française.
À qui appartient Petrole Hahn aujourd'hui ?
Au groupe français Naturopera, qui a racheté l'activité grande distribution d'Eugène Perma en décembre 2023, avec Petrole Hahn comme marque prioritaire.
Petrole Hahn a-t-elle un lien avec Herbal Essences ?
Un lien indirect et peu connu : les deux marques ont appartenu à Procter & Gamble à des époques différentes (Petrole Hahn de 1985 à 1998, Herbal Essences depuis 2001), sans jamais avoir été dans le portefeuille P&G en même temps.
Petrole Hahn est-elle une marque uniquement pour hommes ?
Aujourd'hui oui, la marque se positionne sur le grooming masculin. Mais historiquement, dans les années 1960, elle s'adressait à un public plus large incluant femmes et jeunes.