Comparatif · Cheveux

Phyto ou René Furterer : le duel des deux pionniers du soin par les plantes

Curieuse coïncidence : ces deux marques d'officine ont été fondées par des coiffeurs, pas par des chimistes, et toutes deux ont misé sur les plantes des décennies avant que cela ne devienne un argument de vente. Elles se ressemblent donc beaucoup sur le papier. Dans la pratique, elles ne proposent ni les mêmes gestes, ni le même rapport au parfum, ni le même propriétaire. Voici comment choisir entre les deux.

En bref

Deux pionnières du végétal, deux tempéraments. Phyto est née de Patrick Alès, coiffeur des stars qui mélangeait des plantes dans son garage avec sa femme, dans un vieux pétrin de boulanger ; il présente la marque au public dès 1965 et fonde les Laboratoires Phytosolba en 1969. Elle appartient aujourd'hui à Alès Groupe, détenu depuis septembre 2020 par la holding Impala. René Furterer, coiffeur passionné de botanique, crée sa marque en 1957 autour du Complexe 5, un concentré d'huiles essentielles, et rejoint le groupe Pierre Fabre en 1979. Pour trancher : Phyto pour des synergies de plantes ciblées problème par problème, René Furterer pour un rituel sensoriel bâti sur les huiles essentielles.

Deux coiffeurs, deux garages, une même intuition

Le parallèle entre ces deux maisons est presque troublant. Chacune a été fondée par un professionnel du cheveu qui, dans son salon, voyait chaque jour les dégâts causés par les produits agressifs de son époque. Chacune a réagi en se tournant vers les plantes, à un moment où l'idée passait pour excentrique dans un secteur dominé par la chimie. Et chacune a fini par s'installer durablement dans le circuit pharmacie, loin de la guerre des prix des supermarchés. Voilà pour les ressemblances, qui sont réelles et expliquent qu'on les confonde. La suite les sépare franchement : elles n'ont pas la même façon de composer une formule, pas le même rapport au parfum, pas le même propriétaire aujourd'hui, et surtout pas le même geste à intégrer dans une routine. C'est sur ces points concrets que se joue le choix, bien plus que sur le discours végétal commun.

Le comparatif en un tableau

RepèrePhytoRené Furterer
OriginePatrick Alès, coiffeur des stars, présente la marque dès 1965 et fonde ses laboratoires en 1969Coiffeur passionné de botanique, crée sa marque en 1957 dans le salon parisien de son épouse
Propriétaire actuelAlès Groupe, détenu depuis septembre 2020 par la holding ImpalaGroupe Pierre Fabre, depuis l'association de 1979
Signature de formulationDes synergies de plusieurs extraits végétaux plutôt qu'un actif vedetteLes huiles essentielles et un sourcing botanique poussé
Gammes pharesPhytocyane, Phytokératine, Phytocolor, Phytojoba, Phytospecific, PhytopolléineComplexe 5, Forticea, Triphasic, 5 Sens, Okara pour cheveux colorés
Méthode revendiquéeLe soin des cheveux par les plantes, théorisé dès la fin des années 1960Une méthode en trois temps : préparer, laver, traiter
À qui elle s'adresseQui veut une approche végétale sérieuse sans basculer dans le luxe de salonQui aime masser, respirer un parfum végétal et transformer le soin en rituel
Où on l'achètePharmacie et parapharmacie uniquement, jamais en grande surfacePharmacie, parapharmacie et sites spécialisés, jamais en grande distribution

Phyto : le pétrin de boulanger et les synergies de plantes

L'histoire de la première maison a quelque chose de romanesque. Son fondateur coiffe des stars, Brigitte Bardot, Catherine Deneuve ou Jacqueline Kennedy Onassis passent entre ses mains, et il avait déjà inventé la technique du brushing en 1964. En observant que les produits capillaires de l'époque abîment aussi les mains de ses shampouineuses, il se met à mélanger des plantes dans son garage avec son épouse, dans un vieux pétrin de boulanger, guidé par une devise empruntée à la médecine : d'abord ne pas nuire. Il présente sa marque au public dès 1965, théorise deux ans plus tard le soin des cheveux par les plantes, puis fonde officiellement ses laboratoires en 1969. Un épisode méconnu mérite d'être signalé : L'Oréal a détenu 49 % du capital de la société mère entre 1979 et 1995, avant que le fondateur ne rachète ces parts à l'issue d'un contentieux. Notre analyse de Phyto raconte la suite, jusqu'à la reprise par Impala en septembre 2020.

René Furterer : le premier spa capillaire et le Complexe 5

L'autre récit démarre plus tôt, en 1957. Un coiffeur passionné de botanique depuis l'enfance, sous l'influence de sa grand-mère, exerce dans le salon parisien de son épouse. Il voit défiler des chevelures ravagées par les décolorations extrêmes alors à la mode, celles de l'époque Marilyn Monroe. Sa réponse s'appelle le Complexe 5, un concentré d'huiles essentielles réparateur, et il fonde sa marque la même année. Il théorise ensuite une méthode qu'il baptise d'un nom formé sur le grec, l'étheirologie, fondée sur une idée simple : la santé du cheveu commence par celle du cuir chevelu. Il ouvre dans son salon ce qui est présenté comme le tout premier spa capillaire, bien avant que ce concept ne se répande dans les instituts. En 1978, il rencontre Pierre Fabre, pharmacien lui aussi féru de botanique, et les deux hommes s'associent l'année suivante. Notre fiche René Furterer détaille cette trajectoire.

Deux façons de composer une formule

C'est ici que le duel devient concret. La première maison a fait de l'addition sa signature : plutôt que de parier sur une molécule vedette, elle orchestre plusieurs extraits complémentaires. Son soin anti-chute emblématique, Phytocyane, en donne l'exemple, avec du ginkgo biloba réputé soutenir la vitalité du cuir chevelu, de l'écorce de viorne, des procyanidols issus des pépins de raisin, des acides aminés soufrés, des protéines de soie et des vitamines du groupe B, l'ensemble étant décliné en versions distinctes pour la femme et pour l'homme. L'idée qu'elle défend est qu'une chevelure fatiguée réagit mieux à plusieurs leviers doux qu'à un seul actif brutal. La seconde maison suit une autre ligne : les huiles essentielles forment sa colonne vertébrale, du concentré fondateur bâti sur l'orange douce, la lavande et l'origan associées à l'huile de ricin, jusqu'au rituel Forticea qui ajoute le guarana, riche en caféine naturelle, à des huiles d'orange, de lavande et de romarin. Toutes ces actions sont présentées telles que les marques les décrivent, et non comme des effets démontrés.

Les gestes proposés ne sont pas les mêmes

Regardez ce que chacune vous demande de faire, cela vous dira laquelle vous conviendra. Chez la première, une lotion figure parmi les toutes premières créations et se vend encore : un concentré d'huiles essentielles à masser sur le cuir chevelu avant le shampooing, en soin hebdomadaire, pour préparer le terrain avant de laver. Elle distingue aussi nettement la chute passagère de la chute durable, réservant un programme spécifique, sous forme de cure, aux pertes qui se prolongent au-delà de six mois. Chez la seconde, la méthode revendiquée tient en trois temps, préparer, laver, traiter, et son sérum le plus abouti se présente en flacons-doses munis d'un embout applicateur massant, pensé pour les chutes d'origine héréditaire ou hormonale, dans une cure suivie plutôt qu'un geste isolé. Dans les deux cas, le message est le même : ces produits s'inscrivent dans la durée. Pour élargir le champ au-delà de ces deux maisons, notre comparatif des shampoings anti-chute replace ces approches parmi leurs concurrentes.

Le parfum, avantage pour l'une et risque pour l'autre

Miser sur les huiles essentielles est un choix identitaire fort, et il a un revers qu'on néglige souvent. Ces huiles renferment des composés parfumants et des terpènes qui comptent parmi les allergènes réglementés en cosmétique. Un cuir chevelu réactif, une peau atopique ou une personne déjà sensibilisée peuvent mal les supporter, et leur parfum, puissant et immédiatement reconnaissable, ne séduit pas tout le monde. Ce n'est pas un défaut de fabrication mais la contrepartie assumée d'un parti pris aromatique : sur un terrain sensible, mieux vaut tester sur une petite zone avant d'appliquer partout. Cette nuance donne un léger avantage à sa rivale pour les cuirs chevelus délicats, sans que celle-ci soit pour autant inodore. Si vos démangeaisons persistent quelle que soit la marque essayée, le problème est ailleurs, et notre guide des démangeaisons du cuir chevelu remonte aux causes possibles.

Ce que le mot « plante » ne garantit pas

Voici le contresens le plus fréquent au sujet de ces deux marques, et il vaut pour les deux : miser sur le végétal ne signifie pas être certifié biologique. Une forte présence d'ingrédients d'origine végétale ne se confond ni avec un label bio, ni avec une composition intégralement naturelle. Ces maisons ont bâti leur réputation des décennies avant la vague actuelle du soin dit propre, à une époque où parler de plantes dans le capillaire relevait presque de la marginalité, et c'est précisément cette antériorité qui fait leur valeur, pas une certification. L'acheteur attentif gagne donc à parcourir la liste des ingrédients plutôt qu'à se fier au vocabulaire de la marque. Le revers de cette longévité est simple à comprendre : le terrain qu'elles ont défriché presque seules est aujourd'hui saturé de concurrentes, des maisons de salon aux jeunes labels. Leur argument ne peut plus être le naturel en soi, mais l'ancienneté du savoir-faire et la densité des associations végétales.

Alors, laquelle choisir ?

Le verdict dépend de ce que vous attendez d'un soin, et les deux sont défendables. Penchez pour Phyto si vous cherchez une approche végétale sérieuse, organisée problème par problème, avec une ligne clairement identifiée pour la chute, une pour la réparation, une pour la coloration aux pigments d'origine végétale, une pour les cheveux secs et une pour les textures frisées et bouclées. C'est le choix rationnel quand on sait précisément ce qu'on veut traiter. Penchez pour René Furterer si le plaisir du geste compte autant que le résultat : masser un concentré, respirer un parfum végétal, éprouver une texture. Peu de marques d'officine poussent aussi loin cette dimension sensorielle, et elle justifie un positionnement plus élevé que la moyenne du circuit. Si aucune des deux ne vous convainc parce que le budget est le critère décisif, sa cousine du même groupe, plus accessible et plus largement distribuée, mérite un coup d'œil : notre fiche Klorane la présente. Et pour protéger une couleur fraîche, notre sélection de shampoings pour cheveux colorés compare les options du marché.

Comment cette page a été écrite

Date de rédaction : 28 juillet 2026. Aucune information n'a été ajoutée en dehors de ce que contiennent nos deux fiches détaillées, celle de Phyto et celle de René Furterer, où figurent les sources et les points restés incertains, notamment l'année de naissance exacte du fondateur de la seconde. Les propriétés attribuées aux plantes et aux huiles essentielles sont rapportées comme des revendications de marque, jamais comme des effets établis. Nous n'affichons volontairement aucun prix en euros : ces produits se vendent en officine à des tarifs qui varient selon le point de vente, mieux vaut consulter l'étiquette du jour. Beautye reste indépendant de ces deux maisons comme de leurs propriétaires et n'en reçoit aucun produit gratuit, ainsi que l'explique notre page méthode.

Pour qui ?

  • Vous achetez vos soins cheveux en pharmacie et hésitez entre les deux grandes maisons du soin par les plantes
  • Vous voulez savoir laquelle compose par synergie d'extraits et laquelle mise sur les huiles essentielles
  • Vous cherchez à savoir si le rituel sensoriel vaut le supplément de prix par rapport à une marque plus sobre

Pas pour qui ?

  • Votre cuir chevelu réagit aux parfums marqués : les formules riches en huiles essentielles demandent au minimum un test sur une petite zone
  • Vous cherchez le tarif le plus bas possible : ces deux marques se situent au-dessus de la moyenne du rayon

Questions fréquentes

Phyto et René Furterer appartiennent-elles au même groupe ?
Non. René Furterer fait partie du groupe Pierre Fabre depuis l'association conclue en 1979, aux côtés de Klorane et Ducray. Phyto relève d'Alès Groupe, qui réunit aussi Lierac et Jowaé, et que la holding Impala détient depuis septembre 2020. Ce sont donc deux maisons totalement distinctes.
Laquelle est la plus efficace contre la chute ?
Les deux disposent d'une ligne dédiée, mais avec des approches différentes. Phyto orchestre une synergie de plantes dans Phytocyane, avec des versions distinctes pour la femme et pour l'homme, et un programme séparé pour les chutes qui dépassent six mois. René Furterer met en avant un sérum en flacons-doses pour les chutes héréditaires ou hormonales. Aucune de ces promesses n'est un traitement médical.
Ces marques sont-elles bio ?
Non, et c'est une confusion fréquente. Miser sur les plantes ne veut pas dire être certifié biologique : ces maisons revendiquent une forte présence d'ingrédients d'origine végétale, ce qui n'équivaut ni à un label bio, ni à une composition entièrement naturelle. Le réflexe utile reste de lire la liste des ingrédients au dos du flacon.
Peut-on les acheter en grande surface ?
Ni l'une ni l'autre. Les deux se vendent exclusivement en pharmacie, en parapharmacie et sur les sites spécialisés en ligne. C'est un positionnement constant chez les deux maisons, et il les tient à l'écart de la guerre des prix des rayons de supermarché.
Les huiles essentielles posent-elles un problème pour un cuir chevelu sensible ?
Elles méritent de la prudence. Ces huiles contiennent des composés parfumants et des terpènes qui figurent parmi les allergènes réglementés en cosmétique. Sur une peau atopique, un cuir chevelu réactif ou en cas de sensibilisation connue, mieux vaut tester sur une petite zone avant d'appliquer sur toute la tête.