Même famille, deux métiers différents
Il y a une chose amusante dans ce duel : ces deux marques ne se font pas vraiment concurrence, alors qu'elles se touchent presque du coude sur les rayonnages. Elles appartiennent au même groupe, dirigé à l'origine par un pharmacien passionné de plantes, et pourtant leurs cahiers des charges sont distincts au point qu'elles se répartissent le terrain plus qu'elles ne se le disputent. La première s'occupe du geste ordinaire, celui du lavage bien choisi selon le type de cheveu, avec une plante mise en avant pour chaque besoin. La seconde s'occupe des ennuis : cheveux qui tombent, cuir chevelu qui pèle, pellicules qui reviennent. On peut très bien avoir les deux dans sa salle de bain sans que cela relève du gaspillage. Encore faut-il comprendre laquelle appeler à la rescousse et à quel moment, ce que le rayon d'officine, avec ses flacons blancs alignés, n'explique jamais très clairement.
Klorane contre Ducray : le tableau des différences
| Repère | Klorane | Ducray |
|---|---|---|
| Origine | Laboratoire parisien de savons, racheté par Pierre Fabre en 1965 | Fondée vers 1930 par Albert Ducray, coiffeur parisien et fils de dermatologue |
| Entrée dans le groupe Pierre Fabre | 1965, par rachat du laboratoire existant | 1969, quatrième acquisition du groupe |
| Principe fondateur | Une plante égale une indication, posé en 1969 | Une gamme par problème identifié, héritée de l'observation d'un coiffeur |
| Positionnement | Botanique accessible, milieu de gamme raisonnable | Dermo-cosmétique, plus médical dans le ton comme dans la formule |
| Gammes phares | Camomille, quinine, ortie, cupuaçu, galanga, figuier de Barbarie, lin | Anaphase+, Neoptide, Kelual DS, Kertyol P.S.O., Extra-Doux |
| À qui elle s'adresse | Qui veut des formules végétales douces, besoin par besoin | Qui affronte une chute légère, des pellicules ou un cuir chevelu réactif |
| Où on l'achète | Parapharmacie et grande distribution | Uniquement en pharmacie et parapharmacie |
Klorane : la botanique lisible et disponible partout
Contrairement à ce que laisse parfois entendre la communication actuelle, cette marque n'a pas été créée de toutes pièces par le pharmacien qui l'a rendue célèbre. Elle existait déjà, comme petit laboratoire parisien fabriquant des savons, avant qu'il ne la rachète en 1965 pour orienter son activité vers les plantes. L'année de sa création originelle reste d'ailleurs introuvable avec certitude. Un an après ce rachat sort le shampoing à la camomille pour cheveux blonds, premier grand succès de la nouvelle formule. Puis vient, en 1969, le principe qui structure encore le catalogue : à chaque besoin sa plante. Aujourd'hui, cela donne la quinine pour les cheveux qui manquent de vigueur, le cupuaçu bio pour les fibres très abîmées, le galanga contre les pellicules, l'ortie pour les racines grasses, le figuier de Barbarie pour l'hydratation, la mangue pour nourrir et le lin bio pour le volume. La marque a aussi créé en 1994 un institut devenu fondation, dédié à la protection du patrimoine végétal. Notre analyse de Klorane détaille chaque ligne.
Ducray : quand un coiffeur invente une marque de pharmacie
L'autre histoire commence dans le Paris de la Belle Époque, derrière un fauteuil de coiffeur. Albert Ducray, né en 1901 et fils d'un dermatologue, constate jour après jour les dégâts que les poudres-savons de l'époque infligent aux cheveux de ses clientes : fibres ternies, chevelures abîmées. Il décide de fabriquer sa propre réponse et fonde sa marque autour de 1930, l'année exacte variant selon les sources. Son innovation d'alors s'appelle les LIK Savon, des shampoings en dose unique adaptés à différents types de cheveux, pensés comme des produits à indication précise plutôt que comme un cosmétique passe-partout. En 1957, il prend la décision qui définit encore la marque aujourd'hui : ne vendre qu'en pharmacie, jamais en grande diffusion. Douze ans plus tard, il rencontre Pierre Fabre, dont le laboratoire rachète la marque, ce qui accélère nettement son développement avec la sortie du shampooing Extra-Doux en 1977, puis l'extension aux soins de la peau. Notre fiche Ducray reprend cette chronologie.
Ce que contiennent vraiment les formules Ducray
La différence de métier se lit dans les compositions. Le shampooing emblème de la marque, Anaphase+, réunit un extrait de racine de petit-houx traditionnellement employé pour tonifier la microcirculation, un dérivé de vitamine E ciblant le cuir chevelu, de la vitamine B6, de la biotine et une protéine de blé hydrolysée destinée à gainer la fibre. Un point de vocabulaire compte ici : la marque le présente comme un shampooing complément antichute et fortifiant, jamais comme un médicament. Sur les pellicules, Kelual DS associe deux antifongiques complémentaires, la ciclopiroxolamine et la pyrithione de zinc, plus un actif kératoréducteur qui exfolie les squames. Neoptide joue encore autrement, avec une lotion sans rinçage à base de peptides et d'un extrait d'Artemia, déclinée séparément pour l'homme et pour la femme. Une nuance essentielle, que la marque assume : aucun de ces produits ne renferme de molécule médicamenteuse, ils accompagnent une routine sans se substituer à un avis médical. Voyez notre sélection de shampoings anti-chute pour situer ces formules face à leurs rivales.
La distribution, différence la plus concrète au quotidien
Voilà le critère qui tranchera peut-être pour vous, parce qu'il touche à la vie pratique plus qu'à la chimie. Klorane a une particularité assez rare pour une marque au discours d'expert botanique : on la trouve à la fois en parapharmacie et dans les grandes surfaces, ce qui la rend accessible sans détour par l'officine. Cette largeur de diffusion, combinée à des prix mesurés pour de la parapharmacie, explique en bonne partie sa notoriété auprès d'un public qui ne fréquente pas spécialement les pharmacies. Ducray, à l'inverse, s'en tient au choix fait en 1957 : pharmacie, parapharmacie et sites spécialisés, un point c'est tout. Cette exclusivité renforce l'image médicale, mais elle rend la marque moins visible et pas toujours plus avantageuse côté budget. Elle a une contrepartie précieuse : au comptoir, quelqu'un peut vous aider à départager deux références voisines, ce qu'aucun rayon de supermarché ne fera jamais.
Le shampoing sec, la spécialité maison de Klorane
S'il existe un produit sur lequel la marque botanique s'est bâti une réputation à part, c'est celui-là. Décliné à l'ortie pour les racines qui regraissent et au lin pour redonner du corps, ce shampoing en poudre se trouve en version classique comme en version teintée, pensée pour les cheveux foncés afin d'éviter le voile blanchâtre. Le principe est simple : la poudre absorbe le sébum et rafraîchit la coiffure entre deux lavages, ce qui permet d'espacer les shampoings et de ménager les cheveux fragiles ou colorés. La marque revendique une antériorité historique sur ce format, même si la date exacte du premier lancement varie selon les sources, quelque part entre 1967 et 1971. C'est souvent par ce petit produit que l'on découvre tout le reste du catalogue. Pour comparer les poudres du marché entre elles, notre page sur le meilleur shampoing sec les met face à face.
Laquelle appeler selon votre problème
Voici la façon la plus utile de trancher : partez du symptôme, pas de la marque. Vous voulez un lavage doux, agréable, avec une plante adaptée à votre type de cheveu et sans y mettre le budget d'un institut ? La botanique accessible remplit parfaitement ce rôle, y compris pour un cuir chevelu ordinaire ou des cheveux blonds à raviver. Vos cheveux s'affinent, vous en trouvez trop sur la brosse, votre cuir chevelu démange ou pèle avec des squames qui reviennent inlassablement ? Le registre dermo-cosmétique devient plus pertinent, et notre guide des pellicules aide à identifier de quel type il s'agit avant d'acheter. Attention toutefois à ne pas surestimer ce que l'officine peut faire : une chute franche, brutale ou durable relève d'un diagnostic médical, pas d'un flacon, aussi sérieux soit-il. Notre comparaison des shampoings anti-pelliculaires précise ce que chaque actif peut réellement viser.
Notre verdict, sans faux vainqueur
Ces deux marques ne devraient pas être mises en concurrence frontale, et le meilleur conseil que nous puissions donner est de les considérer comme complémentaires. Optez pour Klorane si votre besoin est un shampoing du quotidien, choisi selon la nature de vos cheveux, avec des formules d'inspiration végétale et la commodité de l'attraper au supermarché sans faire un détour. C'est une valeur sûre, lisible, sans esbroufe, qui convient aussi bien à une étudiante qu'à toute une famille. Optez pour Ducray si vous avez un souci précis à prendre en charge tôt, une chute légère ou saisonnière, un cuir chevelu sujet aux pellicules récidivantes, ou si vous appréciez de traiter peau et cheveux dans un même univers de marque. Elle conviendra en revanche moins à qui recherche des textures luxueuses ou un rituel sensoriel, ce qui n'a jamais été son terrain de jeu. Et si vous vous demandez ce qui distingue vraiment ce rayon de celui du supermarché, notre guide sur les shampoings de pharmacie répond à la question de fond.
Ce qui a servi à écrire cette comparaison
Les éléments d'histoire, de gamme et de composition réunis ici proviennent intégralement de nos fiches consacrées à Klorane et à Ducray, dans leur état arrêté au 28 juillet 2026. Deux incertitudes sont assumées plutôt que masquées : l'année de création du laboratoire parisien d'origine de la première, et l'année exacte de fondation de la seconde, que les sources situent entre 1929 et 1931. Les effets attribués aux actifs sont rapportés comme ce que les marques en disent, pas comme des résultats que nous aurions mesurés. Vous ne trouverez aucun montant en euros sur cette page, car les tarifs de parapharmacie changent d'un point de vente à l'autre et se vérifient au moment de l'achat. Beautye n'entretient aucun lien commercial avec ces marques ni avec le groupe qui les détient, et ne reçoit d'elles aucun produit offert ; voir notre page méthode.